Mot clé : Esprit

Des chants de plastique aux chairs à vif

Jean Loup Pivin


Un jour, au milieu d'une foule, je trouve dans mon sac, une main. Une main d'homme, comme morte. Je la prends, surpris et effrayé et la sors comme on sort un objet d'un sac. La main est suivie d'un bras. Le bras appartient à un corps. Un corps entier avec un visage. Le visage me sourit avec un haussement d'épaule d'impuissance et disparaît, sa main avec. La queue est peut-être ainsi, une queue sans corps ni tête. Le vagin, la bouche, les yeux : tout ça sans corps ni tête. Et si la tête peut ânonner la panoplie des raisons à porter un préservatif, à être fidèle, à comprendre et aider les sidéens, le corps et ses pulsions peuvent exclure le sidéen, ne pas porter de préservatif et continuer à butiner le pollen de la mort. Pourtant, on peut butiner avec une capote.

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Ornement n'est pas crime

Jean Loup Pivin

Les mots de la raison sont insuffisants pour traduire pleinement une intuition de pensée.

Toute ville est devenue internationale, toute production qu'elle soit artistique, architecturale, littéraire, industrielle et économique s'inscrit immédiatement dans le monde, même si les images de ces objets et de ces architectures ne franchissent pas toutes, les frontières de leur ville ou de leur pays. Pourtant il y a toujours le lieu, le terreau culturel et patrimonial de la production et de leurs inspirateurs qui transforment un message en un autre et peuvent créer le malentendu. Ce grand malentendu d'un monde qui se transforme et se crée donnant à voir à chacun, ce que chacun selon sa culture et sa formation peut interpréter à son sens. Parmi ces malentendus, l'un de ceux qui pourrait sembler des plus dérisoires, concerne l'ornement.

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Gary Cooper et le romancier russe

Simon Njami

Les lumières s'éteignent doucement. L'écran s'illumine. Quelques bruits de gorge, quelques sièges qui craquent, et le spectacle commence. Panoramique : un paysage dans le lointain. Un désert. La silhouette floue d'un cavalier s'avance. Plan-séquence : le cavalier s'avance vers nous jusqu'à ce que nous ayons pu distinguer ses traits, puis il s'arrête. Il retire son chapeau et s'essuie le visage avec un mouchoir à la propreté douteuse. Il remet son chapeau et s'avance de nouveau à notre rencontre en fixant un point qu'il nous est impossible de voir. Contre-champ : un petit village dont on distingue le clocher...

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Une poétique de la schizophrénie

Jean-Claude Fignolé


Une poétique de la Schizophrénie

Le temps irréel ! Avancée de mots aux sonorités affligées qui élisent déjà la tristesse de l'histoire. Le temps figé ! Une mascarade de noms scandant l'imposition et sacralisant le pervers sinon l'odieux regard de l'autre. Le temps meurtri ! La marche lente de soi vers soi, dans l'écartèlement et dans l'ivresse (l'épouvante apprivoisée) lorsque la terre gronde, tremble, craque et que dessus sa béance, telle innomée blessure, des vents jubilatoires assaillent le sommeil nu des mornes. Alors le cri : Caraïbe !

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Regards anthropométriques

Simon Njami


L'approche sur l'art contemporain africain est du même ordre que le regard anthropométrique des premiers explorateurs du continent. Il s'agit encore d'établir une sorte de typologie des genres et des races.

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Pour tout l'art du monde

Jean Loup Pivin

Crise de foi

Revue Noire était invitée à des colloques à New York, Düsseldorf et Lomé pour parler et entendre parler de la création contemporaine africaine et de l'avenir des musées africains.
Chaque fois nous sommes ressortis à la fois satisfaits et insatisfaits. Satisfaits car nous avons pu connaître ou revoir un certain nombre de personnes. Insatisfaits car il ne se dit chaque fois pas grand chose de nouveau malgré l'énorme dépense d'énergie, de temps et de moyens financiers. D'où un réel questionnement sur la forme que ces colloques doivent revêtir, car nous sommes tous conscients que la "rencontre" reste indispensable.Fondamentalement, le temps du colloque c'est le temps du faux-semblant et de la non-action. C'est le temps d'attendre un demain nourri des bonnes résolutions prises aujourd'hui.

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"L'image va où le vent" entretien avec Djibril Diop Mambety

Simon Njami

Djibril Diop Mambety, cinéaste, sénégalais, est interviewé par Simon Njami

Simon Najmi - Interroger le cinéma pour parler de la photographie était une folie. Plus grande folie encore était d'interroger Djibril Diop Mambety, le cinéaste qui montre une autre Afrique en inventant un autre rythme, une autre image, un autre propos que ceux attendus, le cinéaste que ses admirateurs désespéraient voir tourner à nouveau : presque vingt ans ont passé entre ses deux films cultes - Touki Bouki et Badou Boy - et son dernier film - Hyènes adapté de La visite de la vieille dame de F. Dürrenmatt - dont il finit le montage. Nous n'avons pas été déçus ; nous cherchions ce que nous voulions trouver : laisser la parole autour de la nature de la photo et ne pas chercher à la pénétrer. Laisser la parole se promener au gré du vent, puisque seul le vent...

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"La mémoire en marche" entretien avec Alpha Oumar Konaré

Jean Loup Pivin


Entretien réalisé par Jean Loup Pivin en Juin 1991,
Alpha O.Konaré, ancien ministre de la Culture du Mali, alors président de l'ICCROM-UNESCO

Jean Loup Pivin - L'Afrique aujourd'hui est à un tournant de son histoire. Elle rompt le plus souvent dans la douleur et le désordre avec les dictatures et les oligarchies. Mais le problème du futur reste entier : quelle Afrique, quelles Afriques pour quel avenir avec quelle identité à l'heure de la mondialisation de la culture ? Quelle sera la place de la création artistique dans tout ce remue-ménage ?

Alpha Oumar Konaré - Cet historien, président de l'ICOM, ancien Ministre de la Culture qui a su, de 1978 à 1980, donner une réelle liberté d'expression à son pays, le Mali, est ensuite entré dans une opposition au régime en créant une coopérative culturelle avec l'édition de journaux dont Jamana et les Echos ont joué un rôle déterminant dans la chute du Président Moussa Traoré. Aujourd'hui, il est leader d'un parti, l'Adema, qui rallie l'essentiel des forces vives du pays.

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La première rencontre

Simon Njami

Certaines genèses, dès lors que l’on en connaît le développement, plutôt que d’être précises, comme peuvent l’être des actes fondateurs (mais cela ne fonctionne que dans les mythes qui sont passés par le moule de l’idéologie) deviennent au contraire poreuses, volatiles, fantasques. D’où l’intérêt des les reconstruire à plusieurs mains. Les uns corrigeront les oublis des autres, les autres freineront le romantisme dans lequel, parfois, une aventure humaine avérée peut nous entraîner. Les genèses deviennent des souvenirs, et à ce titre, s’apparentent plus à un roman personnel qu’à l’Histoire. Mais qu’importe. Nous ne donnons pas pour tâche de faire œuvre d’historien, mais plutôt de mémorialiste, et, là où la mémoire ferait défaut, pourquoi pas, de romancier. C’est ainsi que dans mon esprit, se déroule l’histoire de Revue Noire : une salle de rédaction de la rue d’Enghein, dans le dixième arrondissement de Paris, un ami, Bruno Tilliette, qui me parle d’un de ses amis, architecte, rencontré dans je ne sais plus quel cadre à Asilah, au Maroc. C’est une route de terre battue par les vents, une tasse de thé dans le quatorzième arrondissement, plus tard, avec, passant comme une ombre dans la pièce où Jean Loup Pivin et moi achevions de faire connaissance,

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Ethnicolor, première exposition d'art contemporain africain

Jean Loup Pivin

Ma connaissance et ami Bruno Tilliette alors rédacteur en chef de la revue Autrement et tout à l’élaboration d’un numéro hors série lié à une manifestation « Africolor » permet la rencontre de Simon Njami. Il avait 25 ans, son premier succès de roman en poche (pas en livre de poche), « Ed Cercueil et compagnie » (parodie de Chester Himes), buvant du thé comme moi, la réussite au bord des lèvres, intelligent et tellement orgueilleux et méprisant qu’il m’en était sympathique.

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À l'origine, "Dans la Ville Noire"

Jean Loup Pivin

« Dans la ville noire » est un projet d’exposition monté pour le Bicentenaire de la Révolution en 1989, montrant la modernité de l’Afrique, sous une forme géante et échevelée, avec pour catalogue le n° 1 du magazine Revue Noire. "Dans la ville noire" ne fera pas. Mais le premier numéro du magazine Revue Noire sortira en mai 1991.

Une histoire à raconter...

Jean Loup Pivin, octobre 2009

Question de société

Jean Loup Pivin

Tenter de dire avec le maximum de termes facilement partageables par tous ne fait pas appartenir à ces nouvelles sociétés, castes, cultures aux termes tant codés qu’il est impossible d’en connaître de tous le sens. Pour autant, il n’est à point douter que ces castes qui ont toutes une vision du monde, apportent, quand on les comprend, peut-être pas de la connaissance mais de la compréhension à la société moderne occidentale. Et même parfois le langage s’y mêlant, cela peut devenir brillant voire même touchant. Car depuis la mort de Dieu en Occident, les sociétés laïques qui ont plus ou moins imposé leur modèle de relation à l’autre dans le monde entier (des Droits de l’Homme aux règles du commerce), s’empêtrent dans une vision, dans une projection de leurs propres valeurs dans le futur.

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intro esprit + image

Il était une fois Revue Noire par...

... Jean-Loup Pivin, Simon Njami, Pascal Martin Saint Leon …

Polyphonie de l’histoire, la petite et la grande histoire de Revue noire. Anecdotique, théorique, cette  histoire raconte une aventure humaine qui s’est risquée à être libre de beaucoup de préjugés. Et c’est probablement sa principale qualité, sans réelle autre prétention.

Pour ce, entre « nous », nous racontons "Il était une fois Revue Noire par …", chacun à sa façon et de façon ouverte. Cette histoire n’est pas écrite, elle est à écrire par bribes et par des mains différentes dont voici aujourd’hui les premiers éléments. A terme il pourra y avoir des perceptions contradictoires de faits et des jugements. Il s’agit bien de notre histoire, par ceux qui l’ont faite, par ceux qui s’en sont approchés, par ceux qui l’ont simplement observée.

Si vous voulez participer à cette histoire, parce que nos chemins se sont croisés, parce que Revue Noire vous a touché, envoyez-nous votre texte à Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Revue Noire Esprit mots clés

De l'impossible commentaire

Jean Loup Pivin

Parce que l’écrit se voulait essentiellement littéraire - une forme -,  peu ont compris la contestation que recelait la forme elle-même de Revue Noire. Comme si ceux qui « lisaient » Revue Noire, ne savaient pas lire le simple fait que les formes sans commentaires disaient en elles-même la contestation du commentaire : on comprend aujourd’hui mieux les choix de nombreux commissaires qui ont besoin d’artistes bavards pour comprendre leurs œuvres. D’où avec le temps, le renforcement de notre doute sur la capacité critique de l’histoire de l’art à regarder les expressions contemporaines d’autres mondes. Ce n’est pas parce que l’histoire occidentale de l’art occidental était écartée qu’elle était reniée par ailleurs, sachant sans ambiguïté que nos propres regards étaient ceux nourris par cette histoire.

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Le capharnaüm des mots

Jean Loup Pivin

Néophytes, nous mettons du temps à trouver les bons mots dans ce capharnaüm de vocabulaire pseudo de l’époque. Nous comprenons avec le temps qu’il faut changer notre terminologie, et nous aurons du mal à passer d’un "magazine d’art contemporain africain", en doutant sur la place du mot africain et en l’accolant parfois à magazine et parfois à art, à « magazine des expressions contemporaines »

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De l'art primitif à l'art rituel

Jean Loup Pivin

Dans les problèmes de vocabulaire (et non pas de sémiologie) auxquels nous nous confrontons, et parmi eux les plus simples, nous avons du mal avec cette termes « d’art primitif » puis « d’art premier » qui n’ont rien de premier (l’art de la préhistoire oui) ou de primitif (sans commentaire !). Nous tentons de proposer « arts rituels » africains pour l’Afrique. Un article de Michel Cressole de Libération titre « la fin de l’art primitif, vive l’art rituel » reprenant l’article de Revue Noire n°7, 1992.

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La génèse du Musée du Quai Branly

Jean Loup Pivin

 Fin 1998, Stéphane Martin, président et Germain Viatte, conservateur en chef et concepteur du programme des expositions permanentes et temporaires du futur musée qui s’appellera le musée du quai Branly et non le musée des arts premiers comme l’aurait voulu Jacques Kerchache, m’intègrent en tant qu’acteur de Revue Noire, dans le groupe de réflexion Afrique pour l’élaboration du futur musée.

Avec bonheur je me plonge en février 1999 dans une vision entière, parfois brutale de différents points qui donnent, à mes yeux, les contours au rôle d’un musée de ce type, aussi ambigu soit-il.

J’aborde tour à tour la fin du musée universel, le rôle des disciplines des sciences humaines, j’"invente" une politique d’acquisition « morale », je m’amuse du non-rôle historique du musée dans la connaissance de l’Autre, et je privilégie la présence des expressions contemporaines et non de l’art contemporain, ….

Peu importe ce qu’il en a été retenu, l’ensemble des points énoncés me semble toujours aussi frais. Et pas une virgule n'en est retirée, le texte est donc entier.


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